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Requiem de Gabriel Fauré (1888)

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Composé à la suite du décès suc­ces­sif de ses parents, le Requiem de Gabriel Fauré fut achevé, dans sa pre­mière ver­sion, au début de 1888, et immé­dia­te­ment créé à l’Eglise de la Made­leine le 16 jan­vier. Il fera l’objet de plu­­sieurs rema­nie­ments, dont l’un, assez im­­por­tant en 1892.

L’œuvre est, par bien des aspects, par­fai­te­­ment aty­pi­que dans le cor­pus des requiem fran­çais, bien qu’on puisse y voir l’abou­tis­­se­ment d’une nou­velle esthé­ti­que de la musi­que funè­bre amor­cée par Chérubini en 1837, et réaf­fir­mée, après Liszt, par Saint-Saens en 1878.

La struc­ture de l’œuvre étonne tout d’abord, car elle est fort éloignée du mo­­dèle géné­ra­le­ment adopté par ses pré­dé­­ces­seurs. Ne com­pre­nant ni Graduel, ni Prose, ni Benedictus et, dans la ver­sion ori­­gi­nale, pas d’Offertoire, elle inclut en re­­van­che le tra­di­tion­nel Pie Jesu pour l’Élévation, ainsi que l’antienne In Paradisum chan­tée après l’absoute. Quant au Libera me, il s’agit d’une com­po­si­tion anté­rieure que le com­po­si­teur n’ajouta au Requiem qu’en 1892.

Ce schéma ori­gi­nal, de même que la liber­té avec laquelle Fauré dis­pose du texte li­­tur­gi­que, met­tent en lumière la concep­­tion très per­son­nelle – et peu aca­dé­mi­que - que le com­po­si­teur a de la messe des morts.

Le soin scru­pu­leux avec lequel il évite toute conno­ta­tion dra­ma­ti­que illus­tre son inten­tion d’écrire, selon ses pro­pres ter­mes, une « ber­ceuse de la mort ». Bien que l’adjonc­tion d’un bary­ton solo et de cui­vres en 1892, en ait sen­si­ble­ment modi­fié la cou­leur, il est évident que le cli­­mat ins­tauré par Fauré dans cette œuvre tient plus de l’angé­lisme que du sata­nisme évoqué par nom­bre de ses pré­dé­ces­seurs.

Si la sim­pli­cité et la sou­plesse des lignes mélo­di­ques témoi­gnent de sa bonne connais­sance du plain-chant, le jeu par­fai­­te­ment mai­trisé des sub­ti­li­tés har­mo­­ni­ques, per­met­tant d’inflé­chir ins­tan­ta­né­­ment le cli­mat d’un mor­ceau, doi­vent beau­coup à Saint-Saëns.

Il s’agit donc bien là d’un des requiem les plus ori­gi­naux de tout le XIX° siè­cle, en com­plète rup­ture avec la tra­di­tion du re­­quiem roman­ti­que.

Fauré dit de son œuvre :

Mon requiem a été com­posé pour rien….pour le plai­sir, si j’ose dire…..Peut-être ai-je ainsi, d’ins­tinct cher­ché à sor­tir du convenu, voilà si long­temps que j’ac­­com­pa­gne à l’orgue des ser­vi­ces d’enter­re­­ment ! J’en ai par-des­sus la tête. J’ai voulu faire autre chose.