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Programme du concert Un Noël avec Charpentier

établi par Philippe Torrens et Jean Sourisse

dimanche 15 novembre 2015, par Philippe Torrens

Marc-Antoine Charpentier (1643 - 1704) : Miserere des jésui­tes (H. 193) ; In nati­vi­ta­tem Domini can­ti­cum (H. 416)

Arcangelo Corelli (1653- 1713) : Concerto grosso en Sol mineur op. 6 n° 8 « pour la nuit de Noël »

Grâce aux musi­co­lo­gues et aux inter­prè­tes de la seconde moi­tié du 20e siè­cle nous ne résu­mons plus la musi­que du règne de Louis XIV à celle de Lully, quels que soient les méri­tes de celui-ci. Le siè­cle du Roi Soleil est aussi varié et brillant en musi­que qu’en lit­té­ra­ture ou dans les arts plas­ti­ques. Outre Marc-Antoine Charpentier, Henry Du Mont, Michel Richard Delalande, Henry Desmarest, André Campra, Jean Gilles et Marin Marais l’ont illus­tré dans bien des gen­res : opéra, musi­que reli­gieuse, musi­que ins­tru­men­tale pour orgue, cla­ve­cin ou viole de gambe. Si Charpentier n’a pas occupé, de son vivant ni après sa mort, une posi­tion aussi brillante que Lully, notre époque a rendu jus­tice à l’ori­gi­na­lité de son œuvre.

Charpentier, d’ori­gine modeste, se rend à Rome où il suit, vers 1665, l’ensei­gne­ment du célè­bre Giovanni Carissimi (dont le COP a chanté Jephté en juin 2013). De retour à Paris, il tra­vaille pour la mai­son de Guise et pour les jésui­tes, en par­ti­cu­lier pour leur église Saint Paul-Saint Louis et leur col­lège de Clermont (futur col­lège Louis-le-Grand). Il est appré­cié du roi et sa musi­que est par­fois exé­cu­tée à Versailles, sans qu’il y occupe jamais de fonc­tions offi­ciel­les. S’il pro­duit un opéra tel que Médée et col­la­bore avec Molière pour Le mariage forcé ou Le malade ima­gi­naire, l’essen­tiel de son œuvre, très abon­dante, est d’ins­pi­ra­tion reli­gieuse, com­pre­nant mes­ses, motets ou « his­toi­res sacrées » sur le modèle de Carissimi, dont il garde l’esprit poly­pho­ni­que et les auda­ces har­mo­ni­ques.

Le pro­gramme d’aujourd’hui illus­tre le moment impor­tant pour le chré­tien que cons­ti­tue l’attente, puis l’arri­vée de Noël : le Miserere et la pre­mière par­tie du Canticum expri­ment l’angoisse du pécheur et l’attente ardente du Sauveur qui vien­dra rache­ter les péchés de l’huma­nité. La fin du Miserere est domi­née par la joie du par­don espéré et la deuxième par­tie du Canticum, par celle qu’ins­pire aux hom­mes, et d’abord aux hom­mes sim­ples, ici repré­sen­tés par les ber­gers, la bonne nou­velle du Salut. Le Concerto de Corelli suit également ce pas­sage de l’angoisse à l’apai­se­ment.

Miserere des jésuites (H. 193)

Composé en 1685, il est le plus impor­tant des qua­tre Miserere écrits par Charpentier. Il est bien sûr fondé sur le psaume 50 (51), sou­vent mis en musi­que en dépit d’un texte dif­fi­cile. Nous repre­nons, à quel­ques mots près, la tra­duc­tion de Lemaître de Saci, dans sa Bible (dite de Port-Royal), qui reflète bien la façon dont le texte était alors inter­prété : ce jan­sé­niste contem­po­rain de Charpentier, tra­dui­sant le texte latin de la Vulgate, s’est per­mis quel­ques ajouts (en ita­li­ques) pour le ren­dre plus clair. « Iniquité » signi­fie ici « culpa­bi­lité » : le tra­duc­teur conserve avec rai­son ce mot et ses déri­vés pour res­pec­ter leur répé­ti­tion insis­tante dans le texte latin.

Le roi David aurait com­posé ce psaume de péni­tence dans un moment où il avait vrai­ment besoin de la misé­ri­corde divine, après avoir trans­gressé deux des dix com­man­de­ments : ayant com­mis l’adul­tère avec Bethsabée, il avait, pour l’épouser, sciem­ment envoyé son mari trou­ver la mort dans une mis­sion déses­pé­rée. Le psaume met avant tout l’accent sur la culpa­bi­lité du pécheur et l’inten­sité de sa détresse (« esprit brisé, cœur contrit et humi­lié ») qui peut lui valoir le par­don de Dieu, après quoi le pécheur repenti « ensei­gnera les voies de Dieu aux ini­ques et les impies se conver­ti­ront [ou : seront conver­tis] ». Ces mots, que la musi­que met en valeur, pren­nent une réso­nance par­ti­cu­lière en 1685, année de la révo­ca­tion de l’Édit de Nantes, mesure obli­geant les pro­tes­tants à se conver­tir sans même (théo­ri­que­ment) pou­voir quit­ter le pays.

La fin du psaume pré­sente une nou­velle dif­fi­culté quand il passe brus­que­ment de la situa­tion de David, exclu du sacri­fice par ses cri­mes, à celle du peu­ple hébreu exclu du sacri­fice par l’exil à Babylone et qui ne pourra sacri­fier qu’une fois revenu à Jérusalem et le tem­ple recons­truit. Le psaume s’achève ainsi sur l’expres­sion d’un grand espoir.

L’œuvre cons­ti­tue un « grand motet », c’est à dire une pièce vocale et ins­tru­men­tale sur un texte sacré où solis­tes, chœur et orches­tre alter­nent et com­bi­nent leurs inter­ven­tions, avec plus de conti­nuité que dans une une can­tate, aux mor­ceaux sépa­rés : ici, les épisodes s’enchai­nent selon un dérou­le­ment dra­ma­ti­que aux contras­tes cal­cu­lés. Charpentier emploie un chœur à six voix, dont trois de des­sus (ici des sopra­nos), ce qui est plu­tôt rare et per­met des effets par­ti­cu­liers.

La mise en page des ver­sets n’étant pas com­pa­ti­ble avec les outils d’affi­chage rudi­men­tai­res de notre site, je vous invite à pour­sui­vre la lec­ture du pro­gramme sur le docu­ment Word ci-joint....

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