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Peter Warlock (1894-1930)

jeudi 16 décembre 2010, par Philippe Torrens , publié dans

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Cet arti­cle fait par­tie de la série La musi­que en Grande Bretagne au 20e siè­cle.

L’œuvre de Peter Warlock est beau­coup moins abon­dante que celle d’Elgar ou de Delius. Il aussi vécu beau­coup moins long­temps, met­tant lui même fin à ses jours en 1930. Sa pro­duc­tion est par ailleurs iné­gale, mais il est l’auteur de plu­sieurs com­po­si­tions de très haute tenue et d’un chef d’œuvre de la musi­que du 20e siè­cle, The Curlew (Le Courlis).

Warlock ("le sor­cier") est un pseu­do­nyme. Il se nom­mait Philip Heseltine. Il est issu d’une riche famille tra­vaillant dans la finance. Son enfance a été per­tur­bée (mort de son père quand il a deux ans, rema­riage de sa mère, une femme par­ti­cu­liè­re­ment domi­na­trice). Il fait ses études à Eton où son pro­fes­seur de musi­que, Colin Taylor, décou­vre et encou­rage ses dis­po­si­tions. Il lui fait connaî­tre la musi­que de Delius et l’emmène à la créa­tion des Songs of Sunset de ce com­po­si­teur, auquel il voue ensuite une pas­sion et dont il fait très jeune la connais­sance per­son­nelle.

Après des études clas­si­ques à Oxford, Philip Heseltine retourne à Londres au début de la guerre, mais n’éprouve pas le moin­dre enthou­siasme patrio­ti­que. En 1915, il publie des cri­ti­ques dans le Daily Mail, fré­quente quel­ques temps D.H. Lawrence, puis il se lie avec Cecil Gray et mène avec lui une vie de bohème très libre. Il se rend en Irlande en 1917 pour échapper à la cons­crip­tion et s’inté­resse aux dia­lec­tes cel­ti­ques ; il se pas­sionne aussi pour l’occultisme, ce qui ébranle sa santé men­tale. Il publie en 1918 ses pre­miè­res mélo­dies sous le nom de Warlock et à par­tir de 1920 publie une revue, The Sackbut ("La sac­que­boutte") où de nom­breux arti­cles sont consa­crés à la musi­que des 16e et 17e siè­cles, dont lui-même effec­tue des trans­crip­tions.

Il est un des pre­miers à s’inté­res­ser à la musi­que de Gesualdo da Venosa (dont il se croyait par­fois, dans des moments d’égarement, la réin­car­na­tion) et publie, avec Cecil Gray, un essai sur lui en 1926, Carlo Gesualdo, Musician and Murderer. Il écrit en 1920-21 The Curlew, qu’il révise en 1922. De 1921 à 1924, il écrit un livre sur Delius et orga­nise en 1929, avec Thomas Beecham, un impor­tant fes­ti­val dédié à ce com­po­si­teur.

La musi­que de Warlock porte la mar­que de deux influen­ces, celle de Delius et celle d’un com­po­si­teur hol­lan­dais vivant en Grande Bretagne, Bernard Van Dieren, mais ses meilleu­res œuvres mani­fes­tent un talent vrai­ment ori­gi­nal. Parmi elles, on trouve une brève Sérénade pour cor­des com­po­sée en l’hon­neur de Delius, la Capriol Suite (ins­pi­rée par des musi­ques de danse de la Renaissance), des piè­ces pour chœur, dont l’aussi bref que sai­sis­sant The Shrouding of the Duchess of Malfi (sur un texte du dra­ma­turge élizabethain Webster) où pointe l’ombre inquié­tante de Gesualdo, diver­ses mélo­dies pour voix et piano sur des tex­tes de Shakespeare, Fletcher ou Belloc, allant de la chan­son à boire au lyrisme mélan­co­li­que.

Chez Warlock, l’abîme n’est jamais très loin et Eric Fenby a écrit de The Curlew : « C’est la musi­que la plus triste qui ait jamais été écrite ». C’est aussi une des plus bel­les de son siè­cle. Elle est écrite pour une voix de ténor, un qua­tuor à cor­des, une flûte et un cor anglais sur des poè­mes de W.B. Yeats ; le détail de l’écriture, d’une grande trans­pa­rence, avec un trai­te­ment des tim­bres d’une par­ti­cu­lière finesse, aussi bien que la pro­gres­sion dra­ma­ti­que vers une fin qui plonge dans un silence gla­çant, cons­ti­tuent une excep­tion­nelle réus­site. Dans un lan­gage appa­renté à celui de Delius, Warlock exprime tout autre chose : une dou­leur inté­rieure poi­gnante, une des­cente au fond du déses­poir pour y trou­ver la beauté.

De son œuvre, Warlock disait : « Je serais plus qu’heu­reux si, à la fin de mes jours, je pou­vais me retour­ner sur une réus­site com­pa­ra­ble à celle de Philip Rosseter, qui n’a laissé der­rière lui qu’un mince recueil de vingt et une mélo­dies immor­tel­les » (I should be more than happy if at the end of my days I could look look back upon an achie­ve­ment com­pa­ra­ble to that of Philip Rosseter, who left behind him but one small book of twenty-one immor­tal lyrics ).

Nous vous lais­sons avec un extrait du Curlew :



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