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Passion selon St Jean, 1ère partie, 1 : l’arrestation de Jésus

jeudi 18 février 2010, par M. Bannelier , publié dans

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L’arrestation de Jésus (Dürer)

La pas­sion selon Saint Jean com­mence dans un jar­din (celui de Gethsémani, au bord du Cédron) et finit dans un autre jar­din (celui du Golgotha, où se trouve le tom­beau du Christ). Ce pro­lo­gue per­met à Bach de pré­sen­ter le carac­tère royal du Christ, et la super­fi­cia­lité de la foule qui vient le cher­cher.

Pour l’illus­trer, nous écouterons la ver­sion de Kuijken et la petite Bande.

Cliquez ici pour écouter l’extrait

n°2. Récitatif

2a.
Evangelista : Jesus ging mit seinen Jüngern über den Bach Kidron, da war ein Garten, darein ging Jesus und seine Jünger. Judas aber, der ihn verriet, wußte den Ort auch, denn Jesus versammelte sich oft da-selbst miit seinen Jüngern.
Da nun Judas zu sich hatte genommen die Schar und der Hohenpriester und Pharisäer Diener, kommt er dahin mit Fackeln, Lampen und mit Waffen. Als nun Jesus wußte alles, was ihn begegnen sollte, ging er hinaus und sprach zu ihnen :
Jesus : Wen suchet ihr ?
Evangelista : Sie antworteten ihm :
2a. (Jn 18, 1-5a)
L ’évangéliste : Jésus alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron, où se trouvait un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples.
Judas, qui le livrait, connaissait ce lieu, parce que Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas donc, ayant pris la cohorte, et des gardes qu’envoyèrent les grands-prêtres et les pharisiens, vint là avec des lanternes et des flambeaux et des armes. Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, s’avança et dit :
Jésus : Qui cherchez-vous ?
L ’évangéliste : Ils lui répondirent :
2b. Chorus
Jesum vom Nazareth !
2b. Chœur (Jn 18, 5b)
Jésus de Nazareth !
Jesus spricht zu ihnen :
Jesus : Ich bin’s
Evangelista : Judas aber, der ihn verriet, stund auch bei ihnen. Als nun Jesus zu ihnen sprach : lch bin’s ! wichen sic zurücke und fielen zu Boden. Da fragete er sie abermal :
Jesus : Wen suchet ihr ?
Evangelista :Sie aber sprachen :
2c. (Jn 18, 5c-7a)
L ’évangéliste : Jésus leur dit :
Jésus : C’est moi.
L ’évangéliste : Et Judas, qui le livrait, était avec eux. Lorsque Jésus leur eut dit : C’est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre. Il leur demanda de nouveau :
Jésus : Qui cherchez-vous ?
L ’évangéliste : et ils dirent :
2d. Chorus
Jesum vom Nazareth !
2d. Chœur (Jn 18, 7b)
Jésus de Nazareth !
2e. (Jn 18, 8)
Evangelista:Jesus antwortete
Jesus : Ich hab’s euch gesagt. daß ich’s sei, suchet ihr denn
mich, so lasset diese gehen !
2e. (Jn 18, 9-11)
L ’évangéliste : Jésus répondit
Jésus : Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci !
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Giotto : le baiser de Judas

Ce pre­mier réci­ta­tif per­met de retrou­ver des tour­nu­res typi­ques de Bach :
sur "Judas aber, der ihn ver­riet" (Judas, qui le livrait) un accord dis­so­nant de sep­tième dimi­nuée mon­tre le mal ;
sur "Die Hohen Priester" (les grands prê­tres), la voix monte très haut pour mon­trer que les per­son­na­ges sont impor­tants ;
sur "ging er hinaus"("Il sor­tit") la voix monte à nou­veau pour mar­quer l’élan ;
sur "Wen suchet ihr" l’inter­ro­ga­tion est mar­quée par un accord sus­pen­sif de sixte (cadence rom­pue).
sur "und fie­len zu Boden“ (et tom­bè­rent par terre), la voix des­cend.

Les deux pre­miè­res inter­ven­tion du chœur, qui per­son­ni­fie les prê­tres et les gar­des, sont cour­tes et volen­tes. Elles sont accom­pa­gnées par un motif agité des vio­lons, très "vival­dien" : Jésus, Jésus de Nazareth

Ce motif, qu’on retrou­vera à deux repri­ses dans des chœurs de tur­bae, tou­jours sur des inter­ven­tions brè­ves, sem­ble indi­quer à la fois la vio­lence, l’impé­tuo­sité, mais aussi la super­fi­cia­lité des répon­ses de la foule.

On note aussi l’appa­ri­tion du motif de la royauté (cf. billet pré­cé­dent) dans une réponse de Jésus, sur " Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cher­chez", dans lequel Jésus affirme son iden­tité (et plus pro­fon­dé­ment sa nature).

n°3 Choral

O große Lieb, o Lieb ohn alle Maße,
Die dich gebracht auf diese Marterstraße
Ich lebte mit der Welt
in Lust und Freuden,
Und du mußt leiden.
Ô grand Amour, ô Amour sans limite,
Qui t’a amené sur cette voie du martyre
Je vivais avec le monde dans le plaisir et les joies,
Et toi tu dois souffrir.

Ce pre­mier cho­ral de la pas­sion invite le croyant à s’arra­cher à sa vie pai­si­ble et confor­ta­ble, et à s’api­toyer sur le mar­tyre du Christ.

Les paro­les du Choral sont la sep­tième stro­phe d’un hymne de la pas­sion paru en 1630 de Johann Heermann (1585-1647), "Herz-liebs­ter Jesu, was hast du ver­bro­chen".

La mélo­die com­po­sée pour ce poème par Johann Cruger (1598-1662) est appa­rue pour la pre­mière fois dans Neues Vollkommliches Gesangbuch (Berlin, 1640).

Johann Cruger a écrit de nom­breu­ses mélo­dies de cho­ral, dont 20 sont encore chan­tées cou­ram­ment de nos jours. Deux autres stro­phes du même hymne sont uti­li­sées dans le cho­ral n°17 (Ach großer König), dans une har­mo­ni­sa­tion très dif­fé­ren­tes. Bach a également uti­li­sée cette mélo­die à deux repri­ses dans la Passion selon Saint Mathieu.

Ici l’har­mo­ni­sa­tion est assez sim­ple. Bach adou­cit la mélo­die au soprano en ajou­tant quel­ques notes de pas­sage, mais sur­tout les bas­ses mar­quent les mots "mar­tyr" et "souf­frir" par des mou­ve­ments chro­ma­ti­ques très expres­sifs.


n°4 récitatif

Evangelista : Auf dass das Wort erfüllet würde, welches er sagte : Ich habe der keine verloren, die du mir gegeben hast. Da hatte Simon Petrus ein Schwert und zog es aus und schlug nach des Hohenpriesters Knecht und hieb ihm sein recht Ohr ab ; und der Knecht hieß Malchus. Da sprach Jesus zu Petro :
Jesu : Stecke dein Schwert in die Scheide ! Soll ich den Kelch nicht trinken, den mir mein Vater gegeben hat ?
L ’évangéliste : Ainsi fut accomplie la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Alors Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du grand-prêtre et lui coupa l’oreille droite. Ce serviteur s’appelait Malchus. Mais Jésus dit à Pierre :
Jésus : Remets ton épée dans le fourreau : ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ?

Dans ce réci­ta­tif, le mou­ve­ment de vio­lence de Pierre est rendu par des accords tour­men­tés (7ème dimi­nuée), une mélo­die dis­ten­due, alors que le motif royal réap­pa­raît dans l’inter­ven­tion du Christ pour rame­ner l’ordre.

n° 5 Choral

Dein Will gescheh, Herr Gott, zugleich
Auf Erden wie im Himmelreich.
Gib uns Geduld in Leidenszeit,
Gehorsam sein in Lieb und Leid ;
Wehr und steur allem Fleisch und Blut,
Das wider deinen Willen tut !
Que ta volonté soit faite, Seigneur Dieu,
Sur la Terre comme au Ciel.
Donne-nous la patience dans le jour de peine ;
L’obéissance dans l’Amour et la Souffrance ;
Défends-nous et conduits notre chair et notre sang,
Pour que nous n’agissions pas contre ta volonté !

Ce cho­ral est le célè­bre "Notre Père" (Évangile selon Saint Luc 11 : 2-4), dans la tra­duc­tion en vers de Martin Luther. La mélo­die et les paro­les sont appa­rues pour la pre­mière fois dans un recueil d’hym­nes de 1539 (Geistliche lie­der auffs new gebes­sert, Valentin Schumann). Dein will gescheh La mélo­die de ce cho­ral a par­fois été attri­buée aussi à Martin Luther, mais sans preuve concluante. Luther a cer­tai­ne­ment choisi la mélo­die dans le réper­toire popu­laire de son époque ; pour les paro­les, il s’est auto­risé une grande liberté vis-à-vis du texte latin, peut-être pour mieux col­ler à la mélo­die. C’est un cho­ral encore très sou­vent chanté de nos jours pen­dant les offi­ces luthé­riens. Bach uti­li­sera ce cho­ral dans trois can­ta­tes (BWV 90,101, 102), la can­tate 101 repo­sant même entiè­re­ment sur cet hymne. Il en adap­tera également qua­tre ver­sions pour l’orgue sous forme de cho­rals ornés (BWV 636, 682, 683, 737).

Ici, ce cho­ral inter­vient pour rap­pe­ler que c’est la volonté de Dieu qui est à l’œuvre dans la pas­sion, et que, comme Jésus accepte la coupe ten­due par son père, le fidèle doit res­pec­ter la volonté divine.

L’har­mo­ni­sa­tion est à la fois sim­ple et intense, avec de nom­breux contre-chants au voix média­nes. Comme pour le pré­cé­dent cho­ral, Bach ajoute des notes de pas­sage sur la voie soprano pour assou­plir la mélo­die :

Ce cho­ral a aussi été uti­lisé par Mendelssohn pour de très célè­bres varia­tions dans sa sixième sonate pour orgue.

En savoir plus sur le cho­ral Vater unser im Himmelreich...

Et pour finir une fort belle ver­sion de cette pre­mière sec­tion de la pas­sion par Suzuki :



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