[]

Accueil du site > Blog > La Passion selon Saint Jean : Première exécution (1724)

La Passion selon Saint Jean : Première exécution (1724)

dimanche 13 décembre 2009, par M. Bannelier , publié dans

JPEG - 167.9 ko
L’église Saint Nicolas aujourd’hui

Lorsque Johann Sebastian Bach est nommé au poste de can­tor à Leipzig au prin­temps de 1723, il a pour obli­ga­tion de faire exé­cu­ter une can­tate par diman­che et par jour de fête. Rien n’est pré­cisé pour ce qui concerne l’exé­cu­tion d’une pas­sion.

Lors de sa pre­mière année, Bach écrit un cycle de Cantates. Au début, il réu­ti­lise cer­tai­nes des can­ta­tes écrites pen­dant sa période Weimar, mais par la suite, il écrira qua­tre cycles com­plets de can­ta­tes ori­gi­na­les. Il crée également le Magnificat (BWV 243a) à Saint Thomas le 25 décem­bre 1723. En même temps, il doit orga­ni­ser la musi­que don­née dans qua­tre églises dif­fé­ren­tes, don­ner des cours de latin et même sur­veiller les étudiants de son école une semaine sur cinq...

Il trou­vera pour­tant le temps de com­po­ser un de ses chefs d’œuvre les plus ambi­tieux, une pas­sion d’après l’évangile de Jean (Johannes-Passion).

Les passions à Leipzig, une tradition récente

JPEG - 28.9 ko
L’église Saint Nicolas de Leipzig

Leipzig, en com­pa­rai­son de nom­breu­ses autres vil­les alle­man­des, a cédé très tar­di­ve­ment à l’établissement d’une tra­di­tion de la musi­que de la pas­sion. Certes, depuis la Réforme, on psal­mo­diait le texte de la Passion selon saint Matthieu le diman­che des Rameaux, puis celui de la Passion selon saint Jean le Vendredi saint, mais uni­que­ment dans l’église Saint-Nicolas, et pour les ser­vi­ces du matin. Peu à peu, à ces psal­mo­dies se sont ajou­tées des inter­ven­tions d’un chœur qui repré­sen­tait la foule.

Mais cette ville luthé­rienne ortho­doxe extrê­me­ment conser­va­trice a long­temps inter­dit l’exé­cu­tion des "pas­sions ora­to­rio", c’est à dire des pas­sions écrites de manière poly­pho­ni­que avec accom­pa­gne­ment d’orches­tre, sur le modèle de l’opéra ita­lien.

Ce n’est qu’en 1717 que cette inter­dic­tion fut levée, soit 6 ans seu­le­ment avant l’arri­vée de Bach. Et encore, l’exé­cu­tion n’avait elle pas lieu dans une église prin­ci­pale, mais dans une des peti­tes Neukirche, et ce à l’heure des Vêpres.

JPEG - 368.1 ko
Intérieur de l’église Saint Nicolas avant le remaniement néo-classique (1783)

La pre­mière pas­sion exé­cu­tée fut la Brockes Passion de Telemann. Ce fut un tel suc­cès que les nota­bles de l’église furent plus ou moins obli­gés de conti­nuer, si bien qu’en 1721 et 1722, le vieillis­sant Cantor Johann Kuhnau fit exé­cu­ter des pas­sions de sa pro­pre com­po­si­tion dans l’église Saint Thomas. Celles-ci, cepen­dant, n’étaient pas des œuvres concer­tan­tes d’impor­tance, mais plu­tôt des récits de la pas­sion avec des chœurs et des solos très sim­ples.

Successeur de Kuhnau, J.S. Bach pou­vait s’appuyer sur cette tra­di­tion, ce qu’il s’empressa de faire. En effet, une pas­sion était beau­coup plus indé­pen­dante de la litur­gie qu’une can­tate, non seu­le­ment en rai­son de sa lon­gueur, mais aussi de son carac­tère dra­ma­ti­que. Elle lais­sait donc beau­coup plus de liberté au com­po­si­teur, et lui per­met­tait de faire une démons­tra­tion de son art. C’est ainsi que moins d’un an après sa nomi­na­tion, le ven­dredi saint 7 avril 1724, à l’heure des Vèpres, la Passion de Bach d’après l’évangile de Saint Jean fut repré­sen­tée pour la pre­mière fois dans l’église Saint Nicolas.

JPEG - 235.5 ko
l’intérieur de l’église Saint Nicolas aujourd’hui

A la dif­fé­rence de Kuhnau, Bach ne com­pose pas une modeste pas­sion « d’Église », mais uti­lise tous les moyens à sa dis­po­si­tion. C’est une de ses œuvres les plus ambi­tieu­ses, en lon­gueur et en inten­sité dra­ma­ti­que.

Pour le texte, il a la sagesse de sui­vre les tra­di­tions. En plus du texte de la pas­sion de Saint Jean, et d’une sélec­tion appro­priée de ver­sets de cho­ral, il a sur­tout choisi les tex­tes libres (arias et chœurs de clô­ture) dans les ver­sets de la pas­sion très popu­laire de Barthold Heinrich Brockes : « Der für die Sünde der Welt und lei­dende Jésus ster­bende » ( Jésus souf­frant et mou­rant pour les péchés de ce monde, 1713) fami­lière aux habi­tants de Leipzig depuis 1717 et la repré­sen­ta­tion de Telemann. Un écrivain aujourd’hui inconnu (ou peut être Bach lui même ?) s’est vu confier la tâche de sim­pli­fier le lan­gage un peu ampoulé du poème de Brockes.

JPEG - 423.1 ko
Première page de la Passion Selon saint Jean, autographe de Bach (1739)

Malgré sa pro­messe de ne pas écrire de musi­que d’opéra, Bach accen­tue le carac­tère dra­ma­ti­que de l’œuvre, et uti­lise de nom­breux pro­cé­dés théâ­traux. Nous revien­drons sur ce point dans le pro­chain billet.



Article précédent : L’arrivée de Bach à Leipzig (1723)
Article suivant : La Passion selon Saint Jean, un opéra liturgique