[]

Accueil du site > Blog > L’arrivée de Bach à Leipzig (1723)

L’arrivée de Bach à Leipzig (1723)

samedi 12 décembre 2009, par M. Bannelier , publié dans

JPEG - 146.1 ko
L’école Saint-Thomas de Leipzig (dessin de Mendelssohn)

Puisque nous ne pou­vons avoir le meilleur, il faut nous conten­ter d’un médio­cre !

C’est par ces mots que le conseiller Platz com­mente le recru­te­ment de Johann Sebastian Bach en tant que Cantor (direc­teur) de l’école Saint Thomas, res­pon­sa­ble musi­cal de qua­tre églises, et direc­teur musi­cal de la ville.

JPEG - 34.4 ko
Georg Philipp Telemann

En effet, après la mort du can­tor Kunhau en juin 1722, le conseil avait d’abord essayé de recru­ter Georg Philipp Telemann, can­tor à Hambourg, dont la renom­mée en tant que com­po­si­teur d’église était grande, et qui avait étudié à Leipzig. Mais Telemann avait sur­tout pro­fité des négo­cia­tions pour for­cer la ville de Hambourg à aug­men­ter son salaire, et avait fina­le­ment décliné le poste.

Puis le conseil avait voulu embau­cher Christoph Graupner, chef d’orches­tre de la cour du prince de Hesse à Darmstadt (et auteur de 1418 can­ta­tes !). Mais là encore, le prince aug­men­tant les gages de son musi­cien, celui-ci devait res­ter à Darmstadt.

En se désis­tant, Graupner recom­man­dait au conseil d’embau­cher Bach, qui venait de poser sa can­di­da­ture sans beau­coup de suc­cès.

JPEG - 256.5 ko
Christoph Graupner

C’est que Bach, même s’il est au som­met de son art à cette époque, est connu sur­tout comme un excel­lent orga­niste, et n’a pas de répu­ta­tion établie en tant que com­po­si­teur de musi­que reli­gieuse. Son œuvre orches­trale n’a pas cir­culé, il n’a pas écrit de musi­que reli­gieuse depuis plu­sieurs années, et son poste de chef de musi­que dans la petite cour de Köthen n’est pas très pres­ti­gieux.

Or, ce n’est pas un orga­niste qu’on embau­che, mais un com­po­si­teur, un chef d’orches­tre et un ensei­gnant. Lors de son audi­tion, la can­tate qu’il a pré­sen­tée n’a pas enthou­siasmé les conseillers, alors que le poste impli­que la com­po­si­tion et l’exé­cu­tion de 50 can­ta­tes par an ! Et puis, Bach n’a pas de for­ma­tion uni­ver­si­taire, alors que son pré­dé­ces­seur avait été avo­cat, et tra­dui­sait le grec et l’hébreu...

JPEG - 82.8 ko
Le château d’Anhalt-Köthen

Pour Bach aussi, le choix est dif­fi­cile. Depuis 1717, il est Kapellmeister à la cour d’Anhalt-Köthen, où il a écrit une grande par­tie de sa musi­que ins­tru­men­tale, la plu­part des ses concer­tos (y com­pris les Brandebourgeois), le pre­mier livre du Clavier Bien Tempéré et la plu­part de ses sui­tes pour cla­ve­cin, les œuvres pour vio­lon solo et vio­lon­celle solo, et bien d’autres piè­ces.

S’il a été d’abord très heu­reux à Köthen, deux événements ont changé la situa­tion. D’abord, sa femme Barbara est morte subi­te­ment. Ensuite, le Prince pour qui il tra­vaille, grand ama­teur de musi­que, a épousé une femme qui ne s’inté­resse pas du tout à l’art, et l’inté­rêt du prince pour la musi­que s’en est beau­coup res­senti. Pour cette rai­son, Bach, qui pen­sait un moment finir ses jours à Köthen, cher­che un autre emploi. D’autres cho­ses l’y inci­tent : il cher­che à se rap­pro­cher d’une uni­ver­sité, pour que ses fils puis­sent accé­der aux études dont lui même a été privé, et il aime­rait com­po­ser à nou­veau de la musi­que reli­gieuse, chose qu’il ne peut faire que dans une grande ville.

JPEG - 95.8 ko
L’église Saint Thomas de Leipzig

Le poste de Leipzig appa­raît d’abord comme une belle occa­sion, mais Bach hésite près de six mois avant de poser sa can­di­da­ture : le poste est cer­tes très pres­ti­gieux, car le can­tor est qua­si­ment au rang d’un homme d’église, et orga­nise toute la musi­que d’une ville très renom­mée sur ce point. Leipzig est une cita­delle du pro­tes­tan­tisme, et Bach, très reli­gieux, veut reve­nir à la musi­que d’église.

Mais le salaire est très infé­rieur à celui de son poste de Köthen, et sa jeune femme Anna Magdalena devra aban­don­ner son métier de can­ta­trice, car on ne tolére pas qu’une femme chante dans une église à Leipzig. Heureusement, les rétri­bu­tions sup­plé­men­tai­res attri­buées pour les maria­ges et les enter­re­ments doi­vent per­met­tre d’assu­rer un train de vie cor­rect, bien que cer­tai­ne­ment infé­rieur à celui de son poste actuel.

JPEG - 20 ko
Jean Sebastien Bach

Finalement, grâce à l’appui du bourg­mes­tre Lange, qui fait valoir la supé­rio­rité de Bach au cla­ve­cin, les conseillers de Leipzig embau­chent enfin le com­po­si­teur. Il pren­nent tou­te­fois de mul­ti­ples pré­cau­tions, en pré­ci­sant qu’il devra en plus ensei­gner le latin à l’école Saint-Thomas, qu’il n’aura pas le droit de com­po­ser d’opéra, et qu’il ne pourra quit­ter la ville sans l’auto­ri­sa­tion du Bourgmestre. On fait même pas­ser un exa­men de théo­lo­gie au musi­cien, exa­men dont il se sort brillam­ment, car il est là dans son élément.

Bach écrit sa Passion selon Saint jean en 1724, dix mois après son arri­vée dans la ville de Leipzig.



Article précédent : Inauguration du blog du COP
Article suivant : La Passion selon Saint Jean : Première exécution (1724)