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Edward Elgar (1857-1934)

mardi 14 décembre 2010, par Philippe Torrens , publié dans

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Cet arti­cle fait par­tie de la série La musi­que en Grande Bretagne au 20e siè­cle.

Il est néces­saire de le pro­cla­mer haut et fort en France : Elgar est « un grand com­po­si­teur roman­ti­que » (Daniel Barenboïm) de la der­nière géné­ra­tion roman­ti­que, celle de Hugo Wolf, Gabriel Fauré, Richard Strauss et Gustav Mahler.

Il n’est pas seu­le­ment le com­po­si­teur des mar­ches de Pomp and Circumstances - œuvres d’ailleurs remar­qua­bles par leur inven­tion mélo­di­que et leur orches­tra­tion raf­fi­née (et qui, à part Schubert, a écrit d’aussi bel­les mar­ches ?) - il est aussi l’auteur de piè­ces d’orches­tre comme les Enigma Variations, les poè­mes sym­pho­ni­ques In the South et Falstaff, le cycle de mélo­dies avec orches­tre Sea Pictures, un Concerto pour vio­lon (il en existe un enre­gis­tre­ment par le jeune Yehudi Menuhin, dirigé par Elgar lui-même), un Concerto pour vio­lon­celle (inou­blia­ble­ment inter­prété par Jacqueline Dupré) et deux Symphonies.

Toutes ces œuvres cons­ti­tuent à nos yeux de très gran­des réus­si­tes qui font de lui, aux côtés de Strauss et de Mahler un des grands com­po­si­teurs pour orches­tre de son temps.

Elgar doit ses talents d’orches­tra­teur à sa for­ma­tion : il était d’ori­gine très modeste et son père, qui tenait un maga­sin de musi­que à Worcester, était aussi orga­niste ; toute la famille jouait de divers ins­tru­ments et le jeune Elgar apprit le vio­lon, avant de pra­ti­quer aussi l’orgue et le bas­son. Pour gagner sa vie, il a dirigé des socié­tés loca­les, exé­cuté des arran­ge­ments pour des airs d’opéra, joué dans des orches­tres et toute cette expé­rience lui a donné un sens aigu de la cou­leur ins­tru­men­tal et des moyens de l’obte­nir.

Il est aussi l’auteur d’ora­to­rios : The Dream of Gerontius, sur un texte aus­tère et mys­ti­que du car­di­nal Newman, dont la créa­tion en 1900 avait cons­ti­tué un échec dou­lou­reux pour le com­po­si­teur, a vite contri­bué à sa noto­riété dans son pro­pre pays et sur­tout en Allemagne ; The Apostles et The Kingdom déve­lop­pent cette veine reli­gieuse.

Elgar avait pour ori­gi­na­lité d’être catho­li­que et, par là, dépourvu de cette réserve de bon ton qui ame­nait des com­po­si­teurs comme Parry ou Stanford, mal­gré leurs qua­li­tés, à écrire des ora­to­rios fades et sans relief. La façon dont Elgar exté­rio­rise musi­ca­le­ment des émotions, les sou­li­gne par de forts contras­tes de rythme, de cou­leur orches­trale et d’inten­sité, cons­ti­tue son grand mérite et lui a valu le dédain de cer­tains com­pa­trio­tes qui trou­vent sa musi­que « trop émotionnelle et pas tota­le­ment exempte de vul­ga­rité » ( E.J. Dent).

D’autres, comme M. Hurd, sou­li­gnent jus­te­ment que « ses plus gran­des œuvres hur­lent de joie et pleu­rent sans honte comme la musi­que anglaise n’avait plus osé se le per­met­tre depuis 200 ans ». Comme Verdi dans son Requiem, Elgar ne craint pas de recou­rir aux effets spec­ta­cu­lai­res, mais il com­pose aussi des pages serei­nes et très émouvante, comme le chant par lequel l’ange accueille l’âme du défunt dans The Dream of Gerontius (il en existe une mémo­ra­ble inter­pré­ta­tion de Kathleen Ferrier). Dans sa musi­que de cham­bre, l’œuvre à écouter en prio­rité est son Quintette avec piano de 1917.


Pour conclure sur Elgar, nous sous­cri­rons à ces lignes du cri­ti­que M. Hurd « Elgar, l’homme qui n’avait jamais fré­quenté une Public School ni une uni­ver­sité, auquel avaient été épargnés le bon goût et la piété bien élevée des pro­tes­tants, l’homme qui avait suivi son pro­pre che­min en se bat­tant pour cha­que pouce de ter­rain, cet homme était, peut-être pour ces rai­sons, le seul qui pou­vait mon­trer à la musi­que anglaise la voie qui la rame­nait à son ancienne gran­deur ».

Nous vous lais­sons avec un extrait du concerto pour vio­lon­celle par l’inou­blia­ble Jacqueline du Pré :



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