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J.S. Bach : Cantate BWV 82 "Ich habe genung"

lundi 17 novembre 2014, par Philippe Torrens

Jean-Sebastien Bach : Cantate BWV 82 Ich habe genung

pour basse solo et orches­tre

1-Aria

Ich habe genung. [forme ancienne pour genug]

Ich habe den Heiland, das Hoffen der Frommen,

Auf meine begie­rige Arme genom­men ;

Ich habe genung !

Ich hab'ihn erblickt,

Mein Glaube hat Jesus ans Herze gedrückt ;

Nun wün­sch ich, noch heute mit Freuden

Von hin­nen zu schei­den. Ich habe genung !

C'est pour moi bien assez. / J'ai pris le Sauveur, l'espoir des hom­mes pieux / Dans mes bras avi­des ; / C'est pour moi bien assez ! / Je l'ai regardé, / Ma foi a pressé Jésus sur mon cœur ; / Maintenant je sou­haite dès aujourd'hui et avec joie/ quit­ter ce monde. / C'est pour moi bien assez.

2- Recitativo

Ich habe genung !

Mein Trost ist nur allein,

Daß mein Jesus mein und ich sein eigen möchte sein.

Im Glauben halt ich ihn,

Da seh ich auch mit Simeon

Die Freude jenes Lebens schon.

Laßt uns mit die­sem Manne ziehn !

Ach ! möchte mich von mei­nes Leibes Ketten

Der Herr erret­ten !

Ach ! wäre doch mein Abschied hier,

Mit Freuden sagt ich, Welt, zu dir :

Ich habe genung !

C'est pour moi bien assez ! / Mon uni­que conso­la­tion, c'est / Que mon Jésus puisse être à moi et moi à lui. / J'ai foi en lui, / Car je vois aussi déjà avec Siméon / La joie de la vie au-delà. / Partons avec cet homme ! / Ah ! si le Seigneur pou­vait me sau­ver / Des chaî­nes de mon corps !/ Ah ! si c'était déjà le moment de mes adieux, / Avec joie je te dirais, monde : / c'est pour moi bien assez !

3 - Aria

Schlummert ein, ihr mat­ten Augen,

Fallet sanft und selig zu !

Welt, ich bleibe nicht mehr hier,

Habe ich doch kein Teil an dir, das der Seele könnte tau­gen.

Hier muß ich das Elend bauen,

Aber dort, dort werd ich schauen

Süßen Frieden, stille Ruh.

Endormez-vous, mes yeux épuisés, / Fermez-vous dans la dou­ceur et la séré­nité ! / Monde, je ne reste plus ici, / À toi je n'ai plus aucune part/ Dont mon âme puisse faire quel­que chose. / Ici, je dois culti­ver ma misère, / mais là-bas, là-bas je vais contem­pler / Une douce paix, un tran­quille repos .

4 - Recitativo

Mein Gott ! wenn kömmt das schöne : Nun !

Da ich im Frieden fah­ren werde

Und in dem Sande küh­ler Erde

Und dort bei dir im Schoße ruhn ?

Der Abschied ist gemacht,

Welt, gute Nacht !

Mon Dieu ! quand vien­dra-t-il ce beau :« Maintenant !» / Où je vais par­tir en paix / Et repo­ser dans le sable de la froide terre / et là-bas, près de toi, en ton sein ? / Mes adieux sont faits, / Monde, bonne nuit !

5 - Aria

Ich freue mich auf mei­nen Tod,

Ach ! hätt er sich schon ein­ge­fun­den.

Da ent­komm ich aller Not,

Die mich noch auf der Welt gebun­den.

Je pense avec joie à ma mort. / Ah ! que n'a-t-elle déjà eu lieu !/ Car j'échapperais à tous les maux / qui en ce monde me tien­nent encore enchaîné .

Cette can­tate, comme trois autres (BWV 83, 125 et 200) a été écrite pour la fête impor­tante du qua­ran­tième jour après la nais­sance du Christ. Elle célè­bre à la fois la puri­fi­ca­tion de la Vierge et la pré­sen­ta­tion de Jésus au Temple : selon la cou­tume juive, la femme, après son accou­che­ment, res­tait impure jusqu'à ce qua­ran­tième jour où elle devait se puri­fier au Temple et, si l'enfant était son pre­mier-né mâle, l'y "pré­sen­ter" à Dieu. L'Évangile de Luc (2, 22-39) rap­porte qu'un vieil homme pieux, Siméon, à qui le Saint-Esprit avait pré­dit qu'il vivrait jusqu'à l'appa­ri­tion du Messie, l'aper­çoit sou­dain en l'enfant Jésus quand ses parents l'amè­nent dans le Temple : « Il le prit dans ses bras, bénit Dieu et dit : Maintenant, Maître, ren­voie ton esclave en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut... ». La pre­mière stro­phe de la can­tate (dont le texte est d'un auteur inconnu) para­phrase les paro­les de Siméon, puis la suite les com­mente pour expri­mer la joie du chré­tien devant une mort qui le déli­vrera du mal­heur ter­res­tre et le fera rési­der auprès du Seigneur. Contrairement à la plu­part des autres, cette can­tate ne com­porte pas de chœur et ne fait enten­dre aucun cho­ral. Bach sem­ble avoir éprouvé une pré­di­lec­tion par­ti­cu­lière pour cette œuvre qu'il a rema­niée à plu­sieurs repri­ses et dont il a repris des frag­ments dans le Petit livre d'Anna Magdalena pour cla­vier.

Le pre­mier air fait, dès son intro­duc­tion ins­tru­men­tale en Do mineur, la part belle au haut­bois solo qui dia­lo­guera ensuite avec la basse. Le soliste reprend le thème du haut­bois (avec sa sixte ini­tiale des­ti­née à reve­nir sou­vent). Les traits sou­vent rapi­des du haut­bois et les inter­ven­tions de la voix de basse se dérou­lent sur le fond continu assez fluide tissé par les cor­des. Une reprise de la ritour­nelle ini­tiale s'effec­tue, trans­po­sée en Sol mineur, puis la voix varie la mélo­die en en gar­dant le contour. Une brève séquence ins­tru­men­tale pré­cède un pas­sage un peu dif­fé­rent, en deux volets sépa­rés par la ritour­nelle, où la voix déroule des voca­li­ses met­tant en valeur le mot Freude ("joie"), avant que la conclu­sion ne redise la séquence ini­tiale.

Un réci­ta­tif énonce la deuxième stro­phe du poème, se trans­for­mant par deux fois en un bref arioso (inter­mé­diaire entre réci­ta­tif et air) où l'on retrouve la sixte carac­té­ris­ti­que de la ritour­nelle pré­cé­dente.

L'air qui suit (Schlummert ein) est un des plus célè­bres de Bach : les cor­des et le haut­bois y dérou­lent une sorte de « ber­ceuse spi­ri­tuelle » d'une grande séré­nité où s'exprime cette « nos­tal­gie du repos éternel » (Albert Schweitzer) si pro­fon­dé­ment ancrée dans la reli­gio­sité de Bach. La voix reprend le thème de la ritour­nelle en lui appor­tant de légè­res, mais inces­san­tes varia­tions, en s'attar­dant aussi sur de lon­gues tenues, tan­dis que les ins­tru­ments l'accom­pa­gnent poly­pho­ni­que­ment en réex­po­sant le thème, des frag­ments du thème ou sa tour­nure ryth­mi­que la plus carac­té­ris­ti­que. Des sor­tes de cou­plets un peu dif­fé­rents, mais conser­vant cer­tains contours du thème, alter­nent avec la ritour­nelle. Le mou­ve­ment se ter­mine par une reprise de son début.

Le der­nier air est un chant de joie, une sorte de danse à trois temps (dont sou­vent le troi­sième est accen­tué) sur un tempo rapide, expri­mant le bon­heur d'être enfin déli­vré des souf­fran­ces ter­res­tres. Le soliste entre avec une voca­lise assez dis­crète, uns sorte de ponc­tua­tion du rythme dan­sant, et il attend sa seconde séquence avant de repren­dre la ritour­nelle ins­tru­men­tale. Sa troi­sième séquence com­porte de plus grands inter­val­les et plus d'ins­ta­bi­lité tonale ; elle met par­ti­cu­liè­re­ment en valeur le mot gebun­den ("enchaîné"). Puis la pre­mière séquence est réex­po­sée, sa fin étant trans­for­mée pour conduire à la cadence finale et à la der­nière ritour­nelle orches­trale.



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